L'humour à la maison de retraite, NZZ am Sonntag

Publié le 24 Octobre 2013

L'humour à la maison de retraite, NZZ am Sonntag

L'humour à la maison de retraite

Les représentations de clown procurent de la joie aux personnes atteintes de démence. Des psychologues préconisent d'utiliser l'humour comme mesure thérapeutique.

Vers 9 heures, les premiers visiteurs entrent dans la salle de conférence en trottant derrière leur rollator et prennent place sur les chaises disposées en demi-cercle. C'est jeudi matin. Comme toutes les deux semaines, le clown Wieni donne une représentation dans la maison de retraite Moosmatt, à Reigoldswil, canton de Bâle-campagne. Le personnel de soins fait entrer encore d'autres visiteurs, en fauteuil roulant. Neuf femmes et deux hommes atteints de démence à des degrés divers sont finalement assis les uns à côté des autres, attendant le début du spectacle avec plus ou moins d'excitation.

Deux caméras vidéos, installées par des jeunes chercheurs, tournent déjà. Le spectacle de clown peut commencer. Sous la direction de Jennifer Hofmann, de l'institut psychologique de l'université de Zürich, débute alors la première étude au monde sur l'effet des interventions de clowns et de la gaieté qu'elles produisent, sur le bien-être des personnes atteintes de démence.

Les chercheuses zurichoises le savent : ce qui, ce matin, ressemblera à des sourires ou des rires sur le visage de ces personnes âgées, ne sera pas toujours un rire de joie. Pour parvenir à des résultats probants, elles doivent donc pouvoir distinguer le rire vrai du faux rire. « Comme nous ne pouvons pas interroger directement les personnes démentes sur ce qu'elles pensent de la visite des clowns et ce qu'elles ressentent, nous avons développé une autre approche pour le découvrir », explique Hofmann.

L'équipe de chercheurs a filmé les personnes pendant la représentation du clown et a analysé leur langage corporel et leur mimique. Les psychologues ont voulu trouver des signes de vraie joie dans les visages des personnes âgées. Les chercheurs spécialistes du rire ont identifiés dix-huit formes différentes du sourire, et une seule est liée au sentiment de joie et de bonheur. Les autres formes expriment l'attention, la gêne, la politesse, la reconnaissance, l'apaisement ou elles cachent du dégoût ou de la répugnance.

Mais le vrai sourire de joie que les scientifiques appellent le sourire-Duchenne, compte seul comme vrai sourire humain, sans faux-semblant. Les personnes qui arborent un sourire Duchenne font remonter les coins de leur bouche vers le haut et vers l'arrière. Et sur les coins des yeux apparaissent de petites rides, les pattes d'oie. Ces deux phénomènes se produisent simultanément et symétriquement sur les deux moitiés du visage, et d'une manière fluide. « Faire semblant d'avoir un tel sourire est pratiquement impossible pour des personnes sans entraînement », dit Jennifer Hofmann.

A l'aide de longs questionnaires, les chercheuses voulaient également comprendre si les interventions de clown ont une influence sur l'humeur et le comportement des personnes âgées atteintes de démence. Du personnel de soin spécialement formé remplissaient ces questionnaires trois fois par jour : le matin avant la visite du clown, avant le repas de midi, et le soir.

A la fin de l'étude, il s'agissait d'exploiter les vidéos de 23 participants et une pile de 552 questionnaires. Les données indiquent : les clowns ont suscité de la joie véritable. « De tous les sourires que nous avons décodés, les trois-quarts exprimaient du soulagement et des bons sentiments », résume Hofmann.

Il semble qu'une des conséquences des maladies de démence soit la détérioration progressive de l'humeur au cours de la journée. « Notre étude a ensuite montré que les sentiments négatifs ont progressé moins fort lors des journées de clown que lors des journées de contrôle sans visite de clown », dit la psychologue. Elle trouve que l'effet des interventions des clowns est remarquable, surtout si l'on songe à la brièveté des émotions et des souvenirs chez les personnes atteintes de démence. La conclusion de Hofmann : « Les représentations de clown dans les foyers augmentent la qualité de vie des personnes démentes. » Peut-être que cette découverte incitera les responsables de foyers à envisager l'humour comme mesure thérapeutique face à une maladie progressive et incurable.

Rédigé par Toc Toc Toc

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